🌾🍇🐄 Eat's business 🍕🍷🧀 2025-10
Bonjour à toutes et à tous, Eat's Business est une newsletter dans laquelle vous trouverez une revue de presse de quelques articles sur le monde de l’alimentaire qui m’ont semblé intéressants dans la semaine précédente.
Pour ceux qui veulent la formule ristretto, les 3 articles que je vous conseille de lire en priorité cette semaine sont :
Le Monde, « On me dit que je dénature la gastronomie » : les influenceurs végans en proie au harcèlement, 16/03/2025
Modern Retail, General Mills and Campbell’s see a snack slowdown, 20/03/2025
The Guardian, Ultra-processed babies: are toddler snacks one of the great food scandals of our time?, 15/03/2025
Bonne lecture et bonne semaine à toutes et à tous!
Pour celles et ceux d’entre vous qui ont plus de temps pour la formule lungo :
Libération, «La cuisine iranienne, l’une des plus anciennes du monde, est extrêmement variée», 20/03/2025
À l’occasion de Norouz, le Nouvel An persan, l’article met en lumière la richesse de la gastronomie iranienne et son rôle central dans les traditions culturelles et familiales. Norouz, inscrit au patrimoine immatériel de l’Unesco, marque le retour du printemps et donne lieu à de nombreuses festivités, dont le « mercredi du feu », rituel de purification consistant à sauter au-dessus des flammes. Plus encore que les rites, c’est autour de la table que se cristallent les valeurs iraniennes : hospitalité, abondance, partage.
Rochane Garajedagui, ingénieur franco-iranien, et son père ont publié « Cuisine familiale d’Iran » pour transmettre les recettes de la mère de ce dernier, parmi lesquelles le riz aux griottes, emblématique de la cuisine persane. Celle-ci se distingue par son usage subtil d’herbes, d’épices douces (cannelle, cardamome), de fruits secs et de saveurs acidulées ou sucrées-salées, bien loin des clichés d’une cuisine épicée.
Le restaurant Norouz à Paris illustre la vitalité de cette cuisine : on y sert des plats mijotés comme le poulet à la grenade ou des grillades marinées, accompagnés de riz lavé à plusieurs reprises pour en retirer l’amidon. La boisson traditionnelle, le dough (yaourt fermenté à la menthe), est omniprésente. Elham Ahmari, cheffe du lieu, souligne l’importance du temps et de la précision dans la préparation de ces plats, qui nécessitent chaque semaine près de 50 kilos d’herbes fraîches. À l’autre bout de Paris, le bistrot Namak propose une version modernisée de la cuisine iranienne. Porté par Arthur Comte et Rod Pourcyrus, il mêle tradition et créativité, avec des clins d’œil esthétiques à la révolution iranienne et aux codes culinaires actuels : pain turc au zaatar, cocktails aux griottes, fermentation d’ail ou encore citron noir.
L’article insiste enfin sur la diversité régionale de la cuisine iranienne, reflet de la variété des climats du pays, et sur la transmission familiale des recettes, pilier d’une culture culinaire qui reste encore peu représentée dans la gastronomie française, mais qui séduit de plus en plus.
Les Échos, Guerre commerciale : les maisons de champagne sur le qui-vive, 19/03/2025
Alors que Donald Trump menace d’imposer une taxe de 200 % sur les vins et spiritueux européens, les producteurs de champagne sont en alerte. Les États-Unis, premier marché étranger du champagne en valeur avec 810 millions d’euros en 2023, représentent 10 % des volumes exportés. À Épernay, capitale du champagne, les grandes maisons se montrent discrètes mais inquiètes. Florent Roques-Boizel, PDG de la maison Boizel, dénonce une situation où le champagne devient une victime collatérale des tensions entre l’Europe et les États-Unis, liées à des droits de douane sur l’acier, l’aluminium et le bourbon.
Face à l’incertitude, plusieurs producteurs ont anticipé en envoyant des stocks importants dès le début de l’année. Boizel et Leclerc-Briant ont expédié des volumes inhabituels vers les États-Unis, avec jusqu’à un an de stock pour cette dernière. D’autres, comme Joseph Perrier à Châlons-en-Champagne, refusent de stocker davantage à cause des coûts logistiques, préférant rester prudents, d’autant qu’une précédente alerte en 2020 s’était soldée par un statu quo.
L’ensemble du secteur champagne, qui comprend 390 maisons et pèse 6,4 milliards d’euros, redoute les effets d’un conflit douanier prolongé. Déjà confronté à une baisse de 9 % des expéditions en 2024, selon le Comité Champagne, il pourrait souffrir davantage si ces menaces se concrétisent. Même les petites structures indépendantes, comme Piot-Sévillano ou Richardot, s’inquiètent des effets indirects : désorganisation des marchés, perte de rentabilité, obligation de se redéployer vers d’autres pays.
Au-delà des stratégies commerciales, le secteur espère une issue politique. Certains dirigeants, comme Benjamin Fourmon (Joseph Perrier), comptent sur l’influence des grands groupes comme LVMH ou Vranken-Pommery, bien implantés aux États-Unis, pour inciter la Commission européenne à intervenir. Mais la tension reste vive, car le champagne, emblème du luxe à la française, pourrait devenir un symbole de représailles commerciales.
Les Échos, Comment les cocottes Le Creuset sont redevenues glamours auprès des jeunes, 18/03/2025
Longtemps associées à une image vieillotte, les cocottes en fonte émaillée Le Creuset font un retour en force auprès des jeunes générations. Propulsée sur les réseaux sociaux, notamment TikTok, la marque centenaire est devenue tendance, avec des millions de vues sur le hashtag #LeCreuset. Ce phénomène repose sur une combinaison gagnante : marketing d’influence, stratégie de collection, esthétique colorée et diversification des produits.
Depuis 2020, Le Creuset a su tirer parti de sa soudaine popularité digitale. La marque multiplie les collaborations avec des créateurs de contenu, développe des coloris originaux – plus de 100 au catalogue – et lance des éditions limitées inspirées d’univers populaires comme Harry Potter, Disney ou Pokémon. Ce positionnement suscite un fort engouement, notamment en Asie et aux États-Unis, où des vidéos sont partagées quotidiennement. Certaines pièces deviennent même des objets de collection, revendues à prix d’or sur des plateformes en ligne.
Loin de se contenter des cocottes traditionnelles, Le Creuset diversifie ses gammes : ustensiles de barbecue, produits nomades (bouteilles isothermes, mugs, etc.), vaisselle assortie… Cette approche séduit une clientèle jeune qui voit dans ces objets de cuisine une manière d’affirmer son style et de créer un univers cohérent et instagrammable. Médina Koné, spécialiste du marketing digital, souligne que « les ustensiles deviennent la décoration », participant à une mise en scène de la cuisine sur les réseaux sociaux.
Le succès repose aussi sur l’effet Cyril Lignac, les tutoriels de recettes, et le retour en force du “fait maison”, amplifié depuis la pandémie de Covid-19. L’enseigne mise sur ces nouvelles habitudes, en intégrant des tutoriels, des recettes et des conseils via ses réseaux sociaux pour accompagner les utilisateurs dans leur quotidien culinaire.
Malgré des prix élevés – jusqu’à 379 € pour certaines cocottes –, les jeunes consommateurs sont prêts à investir dans du matériel durable, synonyme de qualité et de longévité. Les grandes braderies annuelles à Fresnoy-le-Grand, site historique de production, sont très populaires, alimentant à la fois la rareté et la désirabilité de la marque.
Présente dans 60 pays avec 575 boutiques, Le Creuset reste discrète sur ses chiffres mais revendique une clientèle multigénérationnelle. Grâce à une stratégie savamment orchestrée, la marque a su séduire une nouvelle audience, moderniser son image sans renier son identité et s’imposer comme un symbole lifestyle de la cuisine contemporaine.
Le Monde, « On me dit que je dénature la gastronomie » : les influenceurs végans en proie au harcèlement, 16/03/2025
Alors que les fêtes de fin d’année riment souvent avec foie gras, dinde et autres symboles carnés, une frange croissante d’influenceurs végans et végétariens tente de proposer des alternatives festives, souvent confrontées à une hostilité virulente en ligne. L’article dresse un panorama de ces créateurs de contenu culinaire engagés, victimes de cyberharcèlement, mais aussi figures de proue d’un militantisme culinaire apaisé.
Mélanie Sancery-Gay (@melanie_en_veganie) incarne ce mouvement : sa recette de bourguignon végétal à base de champignons et de seitan, publiée en décembre 2024, a été visionnée plus de 800 000 fois… mais a aussi déclenché une avalanche de critiques, insultes et émojis de dégoût. L’utilisation du mot « bourguignon » est dénoncée comme un sacrilège par certains internautes qui voient dans ces détournements végétaux une menace à l’identité gastronomique française.
Comme elle, d’autres influenceurs – Andréa Martin (@le.renard.et.les.raisins), Chloée Mussler (@lapetitechefmumu), Sam Cottet (@healthy.lalou) ou Alie Suvélor (@healthyalie) – témoignent de pressions et d’agressions verbales quasi quotidiennes : commentaires misogynes, envoi de photos de viande crue, attaques sur leur poids, genre ou orientation sexuelle. Un acharnement qui révèle une crispation culturelle autour de la viande, encore perçue comme un symbole de pouvoir, de virilité et d’enracinement identitaire.
Chez les hommes végans, la masculinité est souvent remise en question, via des insultes comme « homme soja », renvoyant à un imaginaire péjoratif popularisé par les milieux conservateurs. Sam Cottet illustre bien cette hostilité : ses recettes sucrées à base de cannelle ou de lait végétal déclenchent régulièrement des salves de moqueries sur sa virilité. De son côté, Alie Suvélor évoque les couches supplémentaires de violences qu’elle subit, en tant que femme noire, autiste, et véganne.
Malgré ces attaques, aucun d’eux ne cherche à imposer un dogme. Leur approche reste douce, pédagogique, souvent orientée vers le plaisir de cuisiner autrement. Tous défendent une cuisine inclusive, gourmande, et soucieuse de l’environnement et du bien-être animal. Et paradoxalement, la violence des haters augmente leur visibilité via les algorithmes des réseaux sociaux, leur permettant de toucher un public plus large.
L’Usine Nouvelle, Malgré la progression des échanges, le marché du riz reste exposé aux tensions géopolitiques, 21/03/2025
Alors que les échanges mondiaux de riz devraient atteindre un record de 60 millions de tonnes en 2025, soit 11 % de la production mondiale, cette croissance masque une réalité plus instable : le marché du riz reste l’un des plus vulnérables aux tensions géopolitiques. Le Cirad, via l’observatoire Osiriz, met en garde contre un système fragile, peu transparent et fortement soumis aux décisions politiques des États producteurs.
À la différence du blé, massivement échangé à hauteur de 25 % de sa production, le riz reste en grande partie consommé localement, notamment en Chine et en Inde, qui assurent à eux deux la moitié de la production mondiale. Ce rôle stratégique en fait un pilier de leur sécurité alimentaire, ce qui explique les multiples ingérences étatiques : taxes à l’exportation, subventions, ou restrictions selon les contextes électoraux ou climatiques.
L’Inde, en particulier, a restreint ses exportations entre 2022 et 2024 pour éviter une hausse des prix internes à l’approche des élections générales. Cette décision, bien que levée récemment, a provoqué une flambée des cours, ravivant les souvenirs de la crise alimentaire mondiale de 2008. Toutefois, en parallèle de cette politique protectionniste, l’Inde a aussi mis en place une forme de « diplomatie du riz », en autorisant certaines livraisons à des pays du Sud (Afrique subsaharienne, Philippines…) via des contrats gouvernementaux. En 2024, près de 3 millions de tonnes de riz ont ainsi été exportées malgré l’interdiction officielle.
La Chine, de son côté, conserve précieusement ses gigantesques stocks (la moitié des 200 millions de tonnes mondiaux), sans aucune redistribution, ce qui constitue un facteur aggravant en cas de crise. Ce manque de coopération, combiné à une concentration des exportations mondiales entre seulement trois pays (Inde, Thaïlande, Vietnam), rend le marché hautement volatil.
En Europe, le marché est marginal et non standardisé : les échanges se font de gré à gré, sans marché à terme, rendant les prix encore plus sensibles aux spéculations. Les experts comme Jean-Pierre Brun ou Bertrand Mazel s’inquiètent d’un système globalement plus instable qu’en 2008, alors que la population mondiale a crû et que les stocks restent limités à quatre mois de consommation.
Enfin, le riz n’est pas un produit uniforme : il existe de nombreuses variétés, avec des marchés distincts, aux fluctuations indépendantes. Cela renforce l’impression d’un marché éclaté, fragmenté, où chaque crise géopolitique ou climatique peut avoir des répercussions lourdes.
L’Express, Comment les Français s'informent pour bien manger : les résultats surprenants d'une enquête exclusive, 19/03/2025
La quatrième édition du Baromètre de l’esprit critique, pilotée par Universcience avec OpinionWay, révèle une préoccupation croissante des Français pour leur alimentation, mais aussi un désarroi face à la profusion de sources d’information et de fausses croyances. Réalisée auprès de 2 610 personnes, l’enquête met en évidence un fort intérêt pour la nutrition : 72 % aiment cuisiner, 75 % veillent à l’équilibre des repas, et 80 % consomment régulièrement fruits et légumes.
Les régimes alimentaires dessinent une fracture sociale et générationnelle : 56 % des Français sont omnivores (62 % en zones rurales), tandis que les végétariens, végétaliens et flexitariens sont surreprésentés en milieu urbain (47 %). Chez les 18-24 ans, 25 % adoptent une alimentation végétale, motivée par des préoccupations éthiques ou environnementales.
L’étude montre que les Français s’informent d’abord par leur entourage (54 %), puis via Internet hors réseaux sociaux (50 %) et les professionnels de santé (30 %). Toutefois, la confiance va majoritairement aux médecins (79 %), à l’entourage (72 %) et aux institutions publiques comme l’Inserm (71 %). Les industriels de l’agroalimentaire n’inspirent que 28 % de confiance. Notamment, les végétariens et végétaliens privilégient les applications comme Yuka ou OpenFoodFacts, jugées plus fiables que les professionnels de santé.
L’incertitude domine : 56 % des sondés déclarent ne « pas vraiment savoir qui croire », et les plus jeunes sont encore plus déboussolés (65 %). Cela favorise l’adhésion à des croyances erronées : 58 % croient aux cures détox, 37 % aux vertus des compléments alimentaires, et 34 % pensent que les hommes ont besoin de plus de viande rouge que les femmes. Ces chiffres sont encore plus élevés chez les jeunes.
Enfin, l’enquête révèle une confiance globalement forte envers la science (78 %), bien que l’intérêt pour les sujets scientifiques baisse (62 %, –7 points en un an). L’esprit critique est revendiqué par 75 % des répondants, mais les jeunes montrent plus de difficulté face à des opinions divergentes. L’étude appelle à une meilleure communication nutritionnelle, notamment à destination des jeunes.
Le Monde, Le gamay, la revanche d’un cépage mal-aimé, 20/03/2025
Longtemps considéré comme un cépage mineur, le gamay connaît un renouveau spectaculaire, notamment auprès des jeunes amateurs de vins frais, légers et peu tanniques. Jadis relégué à des vins de comptoir ou associé au beaujolais nouveau, il revient en force grâce à une revalorisation qualitative initiée par les vignerons du Beaujolais et d’autres régions françaises.
Historiquement marginalisé depuis le XIVe siècle, lorsque Philippe le Hardi en interdit la culture en Bourgogne, le gamay a été victime d’une image dévalorisée. Pourtant, sa capacité à produire des vins fruités, accessibles, mais complexes et adaptés à la diversité des terroirs, séduit de plus en plus. Il est aujourd’hui cultivé sur près de 20 000 hectares, principalement dans le Rhône (Beaujolais), mais aussi dans la Loire, la Savoie, le Tarn ou l’Auvergne.
Le gamay présente deux atouts majeurs : sa fraîcheur naturelle et sa résilience face au réchauffement climatique. Il conserve son acidité même sous des températures extrêmes, contrairement à des cépages comme le chardonnay. Cette caractéristique en fait un cépage stratégique dans un contexte de dérèglement climatique.
Les vignerons interrogés soulignent aussi sa grande diversité aromatique, liée à la variété des sols et microclimats : granit, marnes, schistes, quartz… Ces terroirs, couplés à des méthodes de vinification plus précises, permettent de produire des vins plus complexes, parfois de garde. Les dix crus du Beaujolais (morgon, fleurie, brouilly, etc.) cherchent aujourd’hui à se distinguer de l’image folklorique du beaujolais nouveau pour incarner l’excellence.
La dynamique dépasse le Beaujolais. En Auvergne, Forez ou Saint-Pourçain, des collectifs comme Loire Volcanique contribuent à redorer l’image du gamay. Des jeunes vignerons y produisent des cuvées aux profils très variés, allant du vin « de copains » aux flacons complexes et épicés issus de sols volcaniques.
Enfin, les sous-variétés du gamay (gamay-saint-romain, gamay de bouze, etc.) enrichissent encore cette mosaïque viticole. Utilisé aussi pour des rosés aromatiques, le gamay incarne une nouvelle approche du vin : plus souple, plus durable, plus accessible, mais exigeant dans sa diversité. Un parfait reflet des évolutions actuelles du goût et des pratiques viticoles.
Process Alimentaire, La Coopérative Isigny Sainte-Mère entre en négociation exclusive avec La Maison du Biscuit en vue de son acquisition, 20/03/2025
La coopérative laitière Isigny Sainte-Mère a annoncé être entrée en négociation exclusive pour acquérir 90 % du capital de La Maison du Biscuit, entreprise normande renommée pour ses biscuits artisanaux haut de gamme. L’objectif : renforcer son ancrage régional, diversifier son portefeuille premium et s’implanter sur de nouveaux marchés à forte valeur ajoutée.
Installée à Sortosville-en-Beaumont (Manche), La Maison du Biscuit connaît depuis 1995 une croissance soutenue. L’entreprise affiche une progression annuelle de 10 % de son chiffre d’affaires. En 2021, elle a investi 11 millions d’euros pour agrandir et moderniser ses ateliers de production, qui atteignent désormais 7 000 m². Cet investissement vise à tripler la capacité de production, avec un objectif à terme de 1 200 tonnes par an.
La signature finale de l’accord est prévue pour fin mai 2025, sous réserve des consultations obligatoires des instances représentatives du personnel. La convergence des valeurs entre les deux acteurs – ancrage normand, savoir-faire artisanal, qualité premium – est au cœur de cette opération.
Isigny Sainte-Mère, déjà reconnue pour ses beurres, crèmes et fromages d’appellation, étend ainsi son influence sur un segment biscuitier complémentaire, tout en renforçant son image de marque auprès des consommateurs en quête de produits authentiques. Une opération stratégique, à la croisée du terroir et de l’innovation.
Les Échos, Comment le burger in vitro pourrait bientôt arriver dans nos assiettes, 20/03/2025
Le Royaume-Uni s’impose comme l’un des leaders mondiaux de la viande cultivée en laboratoire, avec une dizaine de start-up, dont Hoxton Farms, qui développent des graisses animales sans abattage. Cette technologie, née en 2013 à Maastricht, vise à produire des aliments à base de cellules souches animales, cultivées dans des bioréacteurs. Elle promet de répondre aux enjeux environnementaux, sanitaires et éthiques liés à l’élevage intensif.
Hoxton Farms, spécialisée dans la graisse de porc cultivée, nourrit ses cellules de glucose, d’acides aminés et de sel. Ce gras est ensuite intégré à des substituts végétaux pour créer des produits hybrides (saucisses, bacon…). L’entreprise vise les producteurs de fausse viande désireux d’améliorer goût et texture. D’autres acteurs britanniques, comme Uncommon, Ivy Farm Technologies ou Meatly, développent des pièces entières ou des produits pour animaux domestiques.
Singapour, les États-Unis et Israël ont déjà autorisé la commercialisation de viande cultivée, et le Royaume-Uni pourrait suivre prochainement. L’UE, elle, reste frileuse, voire hostile : l’Italie l’a interdite, et plusieurs pays, dont la France, dénoncent une menace pour leurs traditions agricoles.
Les avantages mis en avant sont multiples : réduction des émissions de CO2, moindre utilisation de ressources, absence d’antibiotiques, personnalisation nutritionnelle (moins de graisses saturées, plus d’oméga-3), sécurité sanitaire accrue (sans bactéries ni zoonoses). Mais la production à grande échelle reste un défi, notamment à cause du coût élevé des bioréacteurs et du substrat de culture.
La perception du public reste l’obstacle principal : beaucoup voient ces aliments comme artificiels, inquiétants ou peu naturels. Pourtant, dans un contexte de crise climatique et de croissance démographique, la viande in vitro pourrait bien s’imposer comme une solution crédible, en complément de l’offre carnée traditionnelle.
Modern Retail, General Mills and Campbell’s see a snack slowdown, 20/03/2025
Les géants de l’agroalimentaire General Mills et Campbell’s affichent des résultats décevants pour leurs gammes de snacks, témoignant d’un essoufflement du segment après des années de croissance portée par la pandémie. L’article analyse les raisons de cette stagnation, dans un contexte de retour à la normale des habitudes de consommation et d’arbitrages budgétaires accrus de la part des ménages.
Campbell’s, célèbre pour ses soupes mais aussi ses marques de snacking comme Goldfish et Snyder’s, a enregistré une baisse de 1 % de ses ventes nettes au deuxième trimestre fiscal. General Mills, propriétaire de Chex Mix, Nature Valley ou encore Totino’s, affiche également des résultats en berne, particulièrement sur le segment des collations salées. Les consommateurs, confrontés à l’inflation persistante, se tournent vers des produits de base moins transformés ou plus économiques.
Le PDG de General Mills, Jeff Harmening, reconnaît une forme de “normalisation” de la demande post-Covid. Après l’explosion de la consommation à domicile durant les confinements, les achats de snacks redeviennent plus rationnels. De plus, la multiplication de promotions et de remises nécessaires pour maintenir les volumes affecte les marges. Campbell’s note que les consommateurs font preuve de “discernement accru”, privilégiant les achats planifiés aux achats impulsifs.
La concurrence joue aussi un rôle : les marques indépendantes, les marques de distributeurs (MDD) et les snacks dits “better-for-you” grignotent des parts de marché. Face à cela, les deux groupes misent sur l’innovation, le repositionnement nutritionnel (moins de sel, plus de protéines) et les extensions de gamme. General Mills prévoit notamment de capitaliser sur les formats nomades et les recettes multicéréales.
Enfin, l’article évoque la transformation des canaux de vente. La croissance en ligne et le développement du snacking dans les enseignes spécialisées ou les points de vente alternatifs (station-service, distributeurs automatiques haut de gamme) bousculent les modèles classiques de distribution.
The Guardian, Ultra-processed babies: are toddler snacks one of the great food scandals of our time?, 15/03/2025
Un article percutant qui s’attaque à ce qu’il qualifie de scandale alimentaire encore peu dénoncé : l’omniprésence de produits ultra-transformés dans l’alimentation des bébés et des jeunes enfants au Royaume-Uni. Ce phénomène, favorisé par les industriels et l’inaction gouvernementale, touche désormais toutes les classes sociales et suscite de sérieuses inquiétudes sanitaires.
Le rayon “alimentation bébé” des supermarchés a profondément changé. Jadis dominé par des purées simples en bocaux, il est aujourd’hui envahi par une multitude de snacks colorés, présentés comme ludiques et sains : biscuits soufflés, anneaux sucrés, gourdes de smoothies ou “melty puffs”. Ces produits, souvent très sucrés, renforcent chez les enfants une préférence pour les textures lisses et les goûts sucrés, au détriment des saveurs variées et des aliments frais. Or, selon une étude de 2022, 61 % des apports énergétiques des jeunes enfants britanniques de 2 à 5 ans proviennent d’aliments ultra-transformés, un taux supérieur à celui des adultes et même à celui des enfants américains.
Les conséquences sont alarmantes : augmentation des cas de caries précoces, troubles de la mastication, retards de langage liés à un manque de stimulation orale, et génération d’enfants qui vomissent à la vue d’un repas “normal”. Pour certains, ces snacks représentent 100 % de l’alimentation quotidienne. Les professionnels comme Melanie Smith, directrice d’une crèche, ou la docteure Vicky Sibson, de la First Steps Nutrition Trust, tirent la sonnette d’alarme depuis des années.
Le rapport 2024 du comité parlementaire britannique sur l’alimentation et l’obésité appelle à interdire la promotion des “toddler milks” et à encadrer plus strictement les aliments pour bébés. Mais la réponse du gouvernement reste minimaliste. En parallèle, les industriels continuent de commercialiser leurs produits comme “naturels”, “bio” ou “adaptés”, jouant sur l’angoisse parentale et la culpabilité.
The Washington Post, Eating raw spinach to curb snacking? Here’s why experts say it may help., 19/03/2025
Dans un contexte où l’alimentation est au cœur des préoccupations santé, l’article s’intéresse à une tendance inattendue : la consommation d’épinards crus pour limiter les grignotages. Il explore les recherches et témoignages autour de ce légume-feuille souvent sous-estimé, mais qui pourrait avoir un impact réel sur le comportement alimentaire.
Selon plusieurs études citées, notamment de l’Université de Lund (Suède), les épinards contiennent des thylakoïdes, des membranes végétales qui ralentiraient la digestion des graisses, augmenteraient la sensation de satiété et réduiraient les envies de sucre. Une étude menée sur 38 femmes en surpoids a montré que celles ayant consommé un extrait de thylakoïdes le matin avaient réduit de manière significative leur grignotage sucré dans la journée.
L’article met en lumière les limites de ces travaux : les effets varient selon les individus, les doses, et le mode de consommation (épinards frais vs extraits concentrés). Mais certains nutritionnistes voient dans cette approche une piste prometteuse dans une logique de prévention douce de la suralimentation, notamment dans des contextes d’alimentation ultra-transformée.
Du côté des consommateurs, la tendance prend la forme de smoothies verts, de salades enrichies ou de snacks à base de feuilles crues. Sur TikTok, le mot-clé #spinachsnack cumule des millions de vues, preuve de l’intérêt viral autour de ce légume désormais perçu comme un allié minceur. L’article reste toutefois prudent : les épinards ne sont pas une solution miracle, mais peuvent s’inscrire dans une stratégie alimentaire plus globale, alliant satiété naturelle, apport nutritionnel et gestion des compulsions. Certains experts mettent également en garde contre les dangers potentiels d’une consommation excessive d’épinards (teneur en oxalates, risque de calculs rénaux chez certains profils).
New York Times, Ben & Jerry’s Accuses Unilever of Firing Its C.E.O. for Political Reasons, 19/03/2025
L’article revient sur les tensions entre la célèbre marque de crème glacée Ben & Jerry’s et sa maison mère Unilever, après le limogeage controversé de son PDG, Matthew McCarthy. Les fondateurs historiques, Ben Cohen et Jerry Greenfield, dénoncent une décision motivée par des raisons politiques, en lien avec les prises de position progressistes et militantes de la marque, notamment sur le conflit israélo-palestinien.
Ben & Jerry’s, connue pour son activisme sur des causes sociales et environnementales, avait provoqué une vive controverse en 2021 en annonçant qu’elle ne vendrait plus ses produits dans les territoires occupés par Israël, qualifiant cette présence de « non conforme à ses valeurs ». Cette décision avait suscité des pressions politiques importantes, des menaces de sanctions et des accusations d’antisémitisme, bien que la marque ait réaffirmé son soutien à Israël tout en dénonçant l’occupation.
Selon les fondateurs, Matthew McCarthy aurait été évincé en décembre 2023 pour avoir protégé l’indépendance éthique de la marque, en refusant de se plier aux injonctions de certains dirigeants d’Unilever. Unilever, de son côté, dément toute motivation politique et affirme que le départ de McCarthy s’inscrit dans une restructuration plus large de l’entreprise.
Ce conflit met en lumière les contradictions entre l’image militante d’une marque et la logique d’un grand groupe multinational. Ben & Jerry’s dispose d’un conseil indépendant chargé de veiller à la conformité des décisions commerciales avec ses valeurs fondatrices, un mécanisme rare dans l’industrie. Mais selon Cohen et Greenfield, Unilever aurait tenté de contourner cette gouvernance.
L’article évoque aussi les implications de cette affaire dans le débat plus large sur le rôle des entreprises dans la vie politique et sociale. La montée des marques dites « engagées » entre parfois en collision avec les exigences de neutralité ou de rentabilité des actionnaires. Ben & Jerry’s incarne une tension croissante : peut-on vraiment défendre des valeurs fortes tout en appartenant à un conglomérat global ?
Forbes, The Latest AI Trends Transforming The Food Industry, 18/03/2025
L’article dresse un panorama des multiples façons dont l’intelligence artificielle (IA) est en train de révolutionner l’industrie agroalimentaire. Des fermes connectées à la personnalisation nutritionnelle, en passant par l’optimisation logistique, l’IA est désormais omniprésente dans toutes les strates de la chaîne de valeur, contribuant à rendre l’alimentation plus efficace, durable et innovante.
L’un des domaines les plus spectaculaires est celui de la conception de nouveaux produits. Des entreprises comme NotCo ou Climax Foods utilisent des modèles d’IA capables d’analyser des milliards de combinaisons d’ingrédients pour créer des alternatives végétales aux produits animaux. NotCo, par exemple, a mis au point un système baptisé Giuseppe qui simule le goût et la texture du lait, du poulet ou de la mayonnaise à partir d’éléments végétaux comme le pois, la betterave ou le chou. Climax Foods s’attaque quant à elle aux fromages affinés en reproduisant leurs profils moléculaires à l’aide d’algorithmes avancés.
L’IA est aussi utilisée dans le marketing prédictif et la gestion de la demande. Les distributeurs comme Walmart ou Tesco analysent en temps réel les données de ventes, les tendances sur les réseaux sociaux, les événements climatiques ou sportifs pour ajuster leurs stocks, limiter le gaspillage et répondre plus vite aux attentes du marché. La startup Afresh développe une IA dédiée aux rayons frais qui permettrait de réduire les pertes de fruits et légumes de 25 à 30 % en optimisant commandes et rotations.
Dans le champ de la sécurité alimentaire, des technologies de vision par ordinateur et d’apprentissage automatique sont utilisées pour détecter automatiquement les défauts sur les lignes de production. Des acteurs comme IBM (avec sa plateforme Food Trust, basée sur la blockchain) permettent aux industriels de tracer la provenance de chaque ingrédient en quelques secondes, un atout majeur en cas de rappel de produits contaminés.
L’IA ouvre aussi la voie à une nutrition ultra-personnalisée. Des applications comme ZOE ou DayTwo analysent le microbiote, les réponses glycémiques et les comportements alimentaires pour proposer des menus ajustés à chaque individu. Ces outils s’inscrivent dans une tendance plus large : celle de l’alimentation fonctionnelle, axée sur la prévention des maladies chroniques, la gestion de l’énergie, du stress ou du sommeil.
Enfin, Bernard Marr souligne les défis éthiques liés à cette transformation : collecte et usage des données sensibles, risque de standardisation des goûts, dépendance technologique, ou encore accentuation des inégalités face à l’accès à ces innovations. L’IA est une opportunité majeure, mais elle appelle à une gouvernance responsable et transparente.
Wall Street Journal, PepsiCo to Acquire Prebiotic Soda Brand Poppi for $1.95 Billion, 17/03/2025 + Financial Times, Pepsi taps booming gut-health market with $2bn Poppi deal, 17/03/2025
PepsiCo a annoncé, le 17 mars 2025, l’acquisition de Poppi, une marque de sodas prébiotiques en plein essor, pour 1,95 milliard de dollars (dont 300 millions d’avantages fiscaux anticipés, ramenant le coût net à 1,65 milliard). L’opération illustre la volonté du géant des boissons de réorienter son portefeuille vers des produits mieux perçus sur le plan nutritionnel, alors que les ventes de sodas traditionnels stagnent et que les consommateurs se tournent vers des alternatives « mieux-être ».
Fondée en 2015 par Allison et Stephen Ellsworth, Poppi a connu un développement fulgurant après sa médiatisation dans l’émission Shark Tank, où l’ancien dirigeant de Coca-Cola Rohan Oza a décidé de soutenir la marque via le fonds d’investissement CAVU Consumer Partners. Mélange de jus de fruits, vinaigre de cidre et fibres prébiotiques (notamment l’inuline issue de la racine de chicorée), Poppi se positionne comme une boisson « bonne pour le microbiote intestinal » – à la différence des probiotiques (comme le kéfir ou le kombucha), qui ajoutent des bactéries, les prébiotiques nourrissent celles déjà présentes.
Poppi est devenue la première marque de sodas prébiotiques aux États-Unis, avec plus de 500 millions de dollars de chiffre d’affaires annuel et une croissance de 163 % sur un an selon Beverage Digest. Sa notoriété est en grande partie attribuée à une stratégie virale sur TikTok, qui lui a permis de séduire les consommateurs millennials et Gen Z en quête d’alternatives plus saines et stylisées aux sodas classiques.
Ce rachat s’inscrit dans une bataille féroce entre PepsiCo et Coca-Cola, ce dernier ayant récemment lancé Simply Pop, une boisson concurrente sous la bannière de sa gamme Simply. Ensemble, Poppi et son rival Olipop ont généré 817 millions de dollars de ventes sur l’année écoulée, et les analystes anticipent un marché dépassant les 2 milliards de dollars d’ici 2029.
Ce mouvement stratégique intervient alors que PepsiCo enregistre une baisse de 3 % de ses volumes de boissons en Amérique du Nord, affectant ses marques historiques comme Gatorade ou Lipton. Pour Ramon Laguarta, PDG de PepsiCo, l’objectif est clair : répondre à la demande croissante pour des produits « bons au goût, fonctionnels et compatibles avec un mode de vie sain ».
Cependant, la croissance rapide du segment suscite des interrogations : le marché des sodas « gut-friendly » ne risque-t-il pas d’être saturé ou dilué avec l’arrivée des grands groupes ? Une chose est sûre : avec Poppi, PepsiCo entend bien devenir le leader d’un nouveau chapitre du soft drink.
Baromètre de l’esprit critique, Edition 2025
L’étude mentionnée plus haut dans l’article de l’Express.
Un épisode passionnant sur l’aventure du groupe Big Mamma. Encore du très bon travail par Business of Bouffe.
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O. Frey