Bonjour à toutes et à tous, Eat's Business est une newsletter dans laquelle vous trouverez une revue de presse de quelques articles sur le monde de l’alimentaire qui m’ont semblé intéressants dans la semaine précédente.
Pour ceux qui veulent la formule ristretto, les 3 articles que je vous conseille de lire en priorité cette semaine sont :
Le Monde, Une révolution blanche dans les vignobles français, 01/03/2025
Libération, «Beauty Food» : des cafés branchés aux grands hôtels parisiens, la nutricosmétique fait recette, 28/02/2025
Wall Street Journal, Forget McDonald’s. This Chinese Fast-Food Chain Is Now the World’s Biggest., 03/03/2025
Bonne lecture et bonne semaine à toutes et à tous!
Pour celles et ceux d’entre vous qui ont plus de temps pour la formule lungo :
Le Figaro, «Notre principal enjeu est l’attractivité de la filière» : les influenceurs, ces nouveaux relais des lobbys de l’agroalimentaire, 25/02/2025 + Les Échos, Au Salon de l'agriculture, les influenceurs deviennent les nouvelles armes des lobbys agroalimentaires, 25/02/2025
Le monde agroalimentaire a largement investi les réseaux sociaux pour redorer son image et capter l’attention des jeunes consommateurs. Lors du Salon de l’Agriculture, des lobbys tels qu’Intercéréales et le Centre national interprofessionnel de l’économie laitière (Cniel) ont misé sur des influenceurs populaires pour toucher un public réticent aux messages institutionnels traditionnels. Des personnalités comme Samuel Étienne, Inoxtag et Maria Moreno ont été invitées à animer des événements et à produire du contenu sponsorisé mettant en avant l’agriculture française.
Cette stratégie s’inscrit dans un contexte où certaines filières, comme les céréales et les produits laitiers, souffrent d’une baisse de consommation, notamment chez les jeunes. Les campagnes visent à moderniser l’image de ces produits et à sensibiliser à leur importance dans l’alimentation. Le budget alloué est conséquent : Intercéréales a investi 2,15 millions d’euros dans la communication numérique, notamment via des vidéos sponsorisées et des événements diffusés en direct sur Twitch.
Toutefois, ce recours aux influenceurs suscite des interrogations sur la transparence et l’indépendance des créateurs de contenu. Certaines opérations ont été critiquées pour leur manque de clarté quant à la nature publicitaire des collaborations, ce qui alimente les inquiétudes sur une possible manipulation du public. Des experts dénoncent une forme de lobbying déguisé, où les influenceurs, parfois peu informés des enjeux agricoles et environnementaux, relayent des messages sans véritable recul critique.
Les Échos, Droits de douane : l'agroalimentaire français en alerte face aux menaces de Trump, 05/03/2025
Les nouvelles taxes américaines sur les importations européennes menacent sérieusement l’industrie agroalimentaire française, notamment dans les secteurs du vin, des produits laitiers et des spiritueux. Donald Trump a imposé des droits de douane supplémentaires sur plusieurs produits français, ce qui pourrait provoquer une chute des exportations vers les États-Unis, un marché clé pour de nombreuses entreprises françaises.
Le vin français est particulièrement exposé. Les États-Unis représentent l’un des principaux marchés d’exportation pour les vins de Bordeaux, de Bourgogne et de Champagne. Une hausse des taxes pourrait réduire la compétitivité des producteurs français face à leurs concurrents américains et sud-américains. Certains viticulteurs redoutent déjà une baisse des commandes et une diminution des marges, ce qui mettrait en péril des milliers d’emplois dans la filière.
Les produits laitiers, notamment le fromage, sont également touchés. Des appellations prestigieuses comme le Roquefort, le Brie et le Camembert figurent parmi les produits soumis à ces nouvelles restrictions. Face à ces hausses de coûts, certains distributeurs américains pourraient être tentés de se tourner vers des alternatives locales ou d’autres pays exportateurs, réduisant ainsi la présence des fromages français sur le marché américain.
Face à cette situation, les acteurs du secteur réclament des mesures de soutien de la part du gouvernement français et de l’Union européenne. Des négociations diplomatiques sont en cours pour tenter d’atténuer l’impact de ces taxes et obtenir des exemptions sur certains produits stratégiques. Certains professionnels espèrent également diversifier leurs exportations en se tournant vers d’autres marchés, notamment en Asie et au Moyen-Orient.
Les Échos, Quinoa, vanille, bambou : les nouvelles pistes des agriculteurs pour se diversifier, 28/02/2025
Face aux crises agricoles et aux fluctuations des marchés traditionnels, de plus en plus d’agriculteurs français cherchent à diversifier leurs cultures en explorant des productions alternatives comme le quinoa, la vanille et le bambou. Ces cultures, encore peu répandues en France, présentent des opportunités intéressantes pour les agriculteurs en quête de nouvelles sources de revenus et d’une meilleure adaptation aux évolutions du climat et de la demande des consommateurs.
Le quinoa, originaire des Andes, s’adapte de plus en plus aux conditions climatiques françaises. Sa forte valeur nutritionnelle et son image de super-aliment en font un produit en forte demande, aussi bien sur le marché intérieur qu’à l’exportation. Certaines régions, comme les Pays de la Loire et le Centre-Val de Loire, expérimentent avec succès sa culture à grande échelle, permettant aux agriculteurs de se positionner sur un marché porteur.
La vanille, quant à elle, représente un pari plus audacieux. Traditionnellement cultivée dans des climats tropicaux comme à Madagascar, elle commence à être testée dans des serres et des conditions contrôlées en France, notamment en Corse et dans le sud du pays. La demande mondiale pour la vanille naturelle étant en forte hausse, certains producteurs espèrent ainsi capter une partie de ce marché très lucratif.
Enfin, le bambou suscite un intérêt croissant pour ses multiples applications, allant de l’agroalimentaire à la construction et au textile. Sa croissance rapide et sa capacité à absorber de grandes quantités de CO2 en font une culture écologique et durable. Certains agriculteurs voient dans le bambou une opportunité d’innovation, notamment pour la production de biomatériaux ou d’aliments à base de jeunes pousses.
Cependant, ces cultures alternatives nécessitent des investissements initiaux importants et une adaptation aux conditions locales. La rentabilité n’est pas toujours immédiate, et les agriculteurs doivent faire face à des défis logistiques et techniques pour assurer le succès de ces nouvelles productions. Malgré ces obstacles, la diversification agricole apparaît comme une solution prometteuse pour faire face aux crises du secteur et répondre aux nouvelles attentes des consommateurs en matière de durabilité et d’innovation alimentaire.
Le Figaro, Aromatisé, fumé, mousseux: le beurre maison, la dernière tocade des chefs, 22/02/2025
Dans les restaurants gastronomiques et les bistrots, le beurre maison est devenu un incontournable, revisité par les chefs qui lui apportent des saveurs inédites et des textures surprenantes. Longtemps perçu comme un simple accompagnement, il est désormais travaillé avec la même exigence que les plats d’un menu étoilé. Inspirés par des figures comme Anne-Sophie Pic ou Olivier Roellinger, de nombreux chefs expérimentent des associations audacieuses : beurre infusé aux algues, aux épices rares ou encore fumé au bois de hêtre.
Ce regain d’intérêt pour le beurre maison s’inscrit dans une tendance plus large de valorisation des produits artisanaux. Dans certains établissements, le beurre est présenté comme une signature culinaire et fait l’objet d’un véritable cérémonial, avec une sélection de différentes variétés servies en début de repas. Cette démarche répond à une demande croissante pour des expériences gastronomiques uniques, mettant en avant le savoir-faire artisanal et l’authenticité des produits.
Le Monde, Une révolution blanche dans les vignobles français, 01/03/2025
En 2023, la production de vins blancs en France a dépassé celle des vins rouges pour la première fois, marquant un tournant dans le secteur viticole. Face à cette évolution, de nombreuses appellations historiquement dédiées aux rouges souhaitent désormais produire du blanc pour répondre à la demande croissante des consommateurs.
Dans le Vaucluse et le Gard, des vignerons comme Réjane Pouzoulas, qui produisait uniquement du rouge, se lancent dans cette transition. La demande pour des blancs plus frais et moins alcoolisés explose. Selon les douanes françaises, la production de blanc a atteint 13,5 millions d’hectolitres en 2023, soit une hausse de 10 % par rapport à 2022, tandis que celle de rouge a chuté de 11 % à 12,8 millions d’hectolitres. Sur cinq ans, la production de blanc a augmenté de 17 % alors que celle de rouge a baissé de 14 %.
Ce changement est avant tout porté par les préférences des consommateurs. Les jeunes générations privilégient des vins plus légers et moins tanniques, influencées par les réseaux sociaux et les nouvelles habitudes de consommation. Le vin est de moins en moins associé aux repas familiaux et davantage consommé lors d’apéritifs informels, où les blancs secs ont un net avantage. En 2023, la consommation de vin blanc a augmenté de 5,4 % dans les bars, tandis que celle au restaurant a légèrement reculé (-1,2 %).
Pour s’adapter, plusieurs appellations demandent à l’INAO d’élargir leur production aux vins blancs. Mais le processus est long : Gigondas, par exemple, a attendu près de dix ans avant d’obtenir ce droit en 2023. Face à cette inertie, certaines coopératives viticoles comme Maison Sinnae à Laudun incitent leurs viticulteurs à planter des cépages blancs en leur versant une prime de 2 000 euros par hectare. D’autres, comme l’appellation Rasteau, ont récemment déposé une demande officielle pour inclure les vins blancs secs dans leur production.
Le principal défi reste le temps nécessaire pour adapter les vignobles. Une vigne met environ quatre ans avant d’être exploitable. Toutefois, la dynamique est enclenchée et la transition vers le blanc semble inévitable. Entre évolution des goûts, adaptation du marché et contraintes réglementaires, la viticulture française amorce une transformation majeure qui redéfinit son identité.
Les Échos, Vin français : le plan du secteur pour sortir de la crise, 25/02/2025
Le secteur viticole français traverse une période difficile, marquée par une baisse de la consommation domestique et un recul des exportations. En 2024, les ventes de vin ont chuté de 3 %, un chiffre qui inquiète la filière. Face à cette situation, vignerons et négociants ont élaboré une stratégie visant à moderniser l’image du vin et à attirer de nouveaux consommateurs, notamment parmi les jeunes générations.
Parmi les mesures adoptées, un plan d’arrachage de 100 000 hectares de vignes a été mis en place pour réduire l’offre et stabiliser les prix. Une enveloppe de 110 millions d’euros a été allouée pour indemniser les viticulteurs concernés. En parallèle, le secteur cherche à innover en développant de nouveaux produits, comme des vins à faible teneur en alcool, et en modernisant les rayons de distribution pour les rendre plus attractifs.
La filière viticole française s’inspire également du modèle du champagne, qui régule sa production en fonction de la demande pour éviter la surproduction. L’objectif est d’adopter une gestion plus rationnelle du marché afin de préserver la valeur des vins français sur le long terme. Enfin, les professionnels du secteur misent sur une promotion plus dynamique à l’export, en adoptant une approche collective pour renforcer la visibilité des vins français à l’international.
La crise actuelle oblige le secteur viticole à repenser ses stratégies et à s’adapter à une consommation en mutation. Entre réduction des surfaces, modernisation de l’offre et promotion à l’export, les acteurs du vin tentent de préserver un équilibre fragile entre tradition et innovation.
Le Monde, Ramadan : le halal dans la grande distribution, un marché porteur mais tabou, 02/03/2025
Le marché du halal en grande distribution connaît une croissance considérable, notamment pendant le Ramadan, période lors de laquelle les ventes de produits halal atteignent un pic et représentent environ 10 % du chiffre d’affaires annuel du secteur. Pourtant, malgré ce potentiel, les grandes enseignes comme Carrefour, Intermarché et Leclerc restent prudentes et évitent d’afficher trop ostensiblement ces produits dans leurs rayons. La France, qui compte la plus grande population musulmane d’Europe, représente un marché estimé à près de 6 milliards d’euros par an (grande distribution, boucheries spécialisées et marchés locaux inclus).
Cependant, ce marché florissant est marqué par des polémiques récurrentes. La certification des produits halal est sujette à controverse, notamment en raison des différences d’interprétation des normes religieuses et du manque de réglementation stricte. Plusieurs organismes, y compris des mosquées, assurent cette certification moyennant paiement, ce qui suscite parfois des critiques sur leur indépendance. En parallèle, de grandes marques comme Isla Délice, Fleury Michon ou Réghalal se sont imposées sur le segment de la charcuterie halal, tandis que certaines enseignes de grande distribution avaient tenté de lancer leurs propres marques de distributeur halal, avec un succès mitigé.
Dans le domaine de la restauration rapide, les chaînes spécialisées comme O’Tacos, G La Dalle ou Chamas Tacos connaissent une expansion impressionnante, bien que leur communication évite souvent de mettre en avant leur caractère halal. Cette discrétion est symptomatique d’un malaise plus général dans la grande distribution, où le halal est parfois perçu comme un sujet sensible. Les directions marketing des grandes enseignes semblent redouter un rejet d’une partie de la clientèle, ce qui freine les investissements et la mise en avant de ce segment de marché.
Pourtant, certains experts du secteur, comme Abderrahman Bouzid, regrettent ce désengagement et dénoncent un « gâchis économique ». Ils soulignent que la France a longtemps été pionnière dans le développement de l’industrie halal, mais qu’aujourd’hui, une partie de la production est délocalisée en Europe de l’Est, notamment en Pologne et en Roumanie. Le marché du halal en France illustre ainsi la tension entre opportunités économiques et considérations sociopolitiques, où la demande croissante se heurte à une certaine réticence des acteurs de la grande distribution à investir pleinement ce secteur.
Libération, «Beauty Food» : des cafés branchés aux grands hôtels parisiens, la nutricosmétique fait recette, 28/02/2025
L’alimentation fonctionnelle, censée améliorer la santé et la beauté de la peau, connaît un essor grandissant sous l’appellation « beauty food ». De plus en plus d’établissements, allant des cafés branchés aux grands hôtels parisiens, proposent des boissons et encas enrichis en collagène ou autres compléments censés renforcer l’élasticité et l’éclat de la peau. Ce phénomène, qui s’est d’abord imposé en Asie avant d’atteindre l’Europe, transforme progressivement la manière dont les consommateurs perçoivent leur alimentation.
À Paris, des cafés comme le 48 Collagen Café se sont spécialisés dans cette offre en proposant des lattes ou bouillons infusés au collagène marin, souvent accompagnés de séances de luminothérapie ou de soins relaxants. Certaines marques de luxe, comme Holidermie ou Aime Skincare, se sont aussi positionnées sur ce marché en créant des gammes de produits alliant alimentation et cosmétique. Les restaurants gastronomiques ne sont pas en reste et intègrent ces nouveaux ingrédients dans leurs menus, séduisant ainsi une clientèle soucieuse de son bien-être.
Cependant, cette tendance soulève des interrogations. Si le collagène est une protéine essentielle au maintien de la fermeté de la peau, son efficacité lorsqu’il est consommé sous forme alimentaire est encore débattue par les scientifiques. Certains experts dénoncent une absence de preuves solides sur les bénéfices réels de ces produits et alertent sur le risque de surconsommation d’aliments fonctionnels, pouvant renforcer l’anxiété alimentaire chez certains individus.
Au-delà des considérations scientifiques, le marché de la beauty food repose sur une forte stratégie marketing qui capitalise sur l’image du bien-être et du luxe. Les prix pratiqués sont souvent élevés, rendant ces produits accessibles principalement à une clientèle aisée. En parallèle, cette tendance reflète une évolution sociétale où la frontière entre alimentation, santé et cosmétique devient de plus en plus floue, encourageant ainsi de nouvelles habitudes de consommation axées sur la prévention et le bien-être intérieur.
Si le succès de la beauty food ne se dément pas, sa pérennité dépendra de la capacité des marques et des restaurateurs à proposer des produits véritablement efficaces et accessibles. Pour l’instant, le phénomène continue de s’étendre, attirant de nouveaux consommateurs en quête d’une alimentation qui promet bien plus qu’un simple plaisir gustatif.
Le Monde, La consommation de fruits et légumes poursuit sa baisse, 26/02/2025
Malgré les recommandations nutritionnelles et les campagnes de sensibilisation, la consommation de fruits et légumes frais continue de décliner en France. En 2024, les achats ont encore reculé de 2 % en volume, une tendance qui inquiète la filière. Ce recul est particulièrement marqué pour les fruits, dont la consommation a chuté de 2,7 % en un an et de 6,5 % par rapport à la moyenne des trois dernières années. Les raisons principales de cette baisse sont l’inflation alimentaire, qui pousse les consommateurs à privilégier d’autres catégories de produits, ainsi que des changements d’habitudes alimentaires.
Paradoxalement, les Français se déclarent de plus en plus soucieux de l’origine de leurs aliments. Selon une enquête d’Interfel, 66 % des consommateurs affirment privilégier les produits locaux et de saison. Pourtant, les importations ne cessent d’augmenter, notamment pour des fruits exotiques comme la banane et l’avocat, qui sont désormais parmi les plus consommés en France. Cette situation met en difficulté les producteurs locaux, qui doivent s’adapter à une demande en mutation.
La grande distribution joue également un rôle majeur dans ces évolutions. Les enseignes favorisent des produits d’appel comme la banane, souvent vendue à prix très bas pour attirer les consommateurs, au détriment des fruits produits en France. Par ailleurs, l’offre en rayon évolue pour répondre aux nouvelles attentes des consommateurs, avec une montée en puissance des légumes exotiques comme la patate douce, tandis que certains produits traditionnels, comme l’artichaut, disparaissent progressivement des habitudes d’achat.
Face à ces défis, la filière doit redoubler d’efforts pour inciter à une consommation plus régulière de fruits et légumes frais. Certains acteurs misent sur des innovations comme les circuits courts, le bio ou encore les produits prêts à consommer. Cependant, l’inflation persistante et la concurrence des produits importés compliquent la tâche des producteurs français, qui doivent repenser leur offre pour répondre aux nouvelles tendances de consommation.
Eater, How Fast-Food Apps Took Over The Drive-Thru, 27/02/2025
L’essor des applications mobiles a transformé en profondeur le fonctionnement des drive dans la restauration rapide aux Etats-Unis. McDonald’s, Burger King et Starbucks ont massivement investi dans leurs plateformes numériques afin d’optimiser la prise de commande et améliorer l’expérience client. Grâce aux applications, les consommateurs peuvent commander en avance, personnaliser leur menu et éviter les longues files d’attente. Cette innovation a permis de réduire le temps d’attente moyen de 30 à 50 %, un atout considérable pour ces enseignes qui cherchent à maximiser leur efficacité.
Le modèle du drive, historiquement fondé sur la rapidité et la commodité, a trouvé dans le digital un levier puissant d’optimisation. La crise du COVID-19 a accéléré cette transition, car les consommateurs ont privilégié les solutions de commande à distance pour limiter les contacts physiques. En parallèle, ces applications permettent aux enseignes de collecter une quantité considérable de données sur les habitudes alimentaires des clients, leur fréquence d’achat et leurs préférences.
Toutefois, cette digitalisation provoque des préoccupations. D’une part, la protection des données personnelles devient un enjeu majeur. Les applications enregistrent des informations sensibles sur les utilisateurs, comme leur localisation et leurs habitudes de consommation. D’autre part, la généralisation de ces outils pourrait avoir un impact sur l’emploi dans la restauration rapide. L’automatisation des commandes réduit le besoin de personnel en caisse, et certaines enseignes expérimentent même des drive-thru totalement autonomes.
Enfin, cette tendance transforme également la relation entre le client et la marque. Les promotions et offres personnalisées, basées sur l’historique des commandes, fidélisent les consommateurs, mais renforcent aussi leur dépendance aux applications. Certains experts estiment que ces pratiques peuvent encourager la surconsommation de produits peu sains, en exploitant des stratégies de marketing ciblées. En dépit de ces enjeux, l’expansion des applications de fast-food semble inévitable et s’impose désormais comme un standard du secteur.
Wall Street Journal, Forget McDonald’s. This Chinese Fast-Food Chain Is Now the World’s Biggest., 03/03/2025
Son nom ne vous dit probablement rien mais Mixue Ice Cream and Tea est devenue la plus grande chaîne de restauration au monde en nombre de points de vente, dépassant McDonald’s et Starbucks. À la fin de 2024, elle comptait 45 000 magasins, principalement en Chine et en Asie, après avoir plus que doublé son nombre de d’établissements en seulement trois ans. Cette croissance fulgurante repose sur un modèle économique simple : des produits ultra-abordables, un marketing agressif et une implantation massive dans les petites villes chinoises.
Fondée en 1997 par Zhang Hongchao dans la province du Henan, Mixue a commencé par vendre de la glace pilée avant de se spécialiser dans les crèmes glacées et les boissons sucrées. Aujourd’hui, son menu est court et axé sur quelques produits phares : un cône signature à 6 yuans (environ 83 centimes de dollar), des variantes de bubble tea et une limonade qui a fait de Mixue le plus gros acheteur de citrons en Chine.
L’entreprise a levé plus de 400 millions de dollars lors de son introduction en Bourse à Hong Kong il y a quelques jours pour une valorisation dépassant les 10 milliards de dollars. Son expansion ne ralentit pas : bien qu’elle reconnaisse le risque de cannibalisation entre ses propres magasins, Mixue continue d’ouvrir de nouvelles enseignes, notamment en Asie du Sud-Est et en Australie.
Le succès de Mixue s’explique aussi par son modèle de franchise à bas coût. Contrairement aux géants comme McDonald’s, qui prélèvent des frais élevés, Mixue génère la majorité de ses revenus en vendant directement les ingrédients et équipements à ses franchisés, rendant l’ouverture d’un magasin plus accessible. Son design simple, avec des échoppes compactes situées à côté de kiosques de réparation de téléphones ou de restaurants de dumplings, permet une expansion rapide et peu coûteuse.
Au-delà de ses prix bas, Mixue a su s’imposer dans la culture populaire chinoise grâce à son marketing efficace. Son emblématique mascotte, Snow King, un bonhomme de neige rondouillard, est devenue une icône nationale, comparable à Ronald McDonald ou Colonel Sanders. Son jingle, diffusé en boucle dans ses magasins, contribue à l’expérience immersive, bien qu’il soit parfois jugé agaçant. Malgré son ambition internationale, Mixue ne prévoit pas encore d’entrer sur le marché américain. Actuellement, environ 90 % de ses magasins sont situés en Chine, le reste étant réparti dans dix pays asiatiques et en Australie. Reste à voir si son modèle ultra-compétitif pourra séduire d’autres marchés, au-delà de l’Asie.
Vinepair, Can Japan Replicate What It Did for Whisky With Wine?, 05/03/2025
Après avoir conquis le marché du whisky grâce à un savoir-faire unique et une rigueur extrême dans la distillation, le Japon tente aujourd’hui d’appliquer la même recette au secteur du vin. Si les distilleries japonaises de whisky comme Yamazaki et Nikka ont réussi à rivaliser avec les plus grands producteurs écossais, la production vinicole nipponne reste encore méconnue à l’international. Pourtant, des efforts considérables sont déployés pour positionner le vin japonais comme un produit haut de gamme destiné à l’exportation.
Le principal défi du Japon réside dans sa géographie. Le pays, soumis à des conditions climatiques extrêmes avec des saisons très marquées, ne bénéficie pas du même terroir que les grandes régions viticoles européennes ou sud-américaines. Toutefois, les vignerons japonais ont su tirer parti de ces contraintes en cultivant des cépages adaptés à leur environnement. Le Koshu, cépage blanc emblématique du Japon, est particulièrement mis en avant. Ce raisin, qui pousse principalement dans la région de Yamanashi, donne un vin léger et fruité, apprécié pour sa finesse et son équilibre.
Outre le travail sur les cépages, le Japon mise sur des techniques de vinification innovantes inspirées de l’industrie du whisky. La précision des processus, l’attention portée aux moindres détails et l’utilisation de barriques spécifiques pour le vieillissement permettent d’obtenir des vins aux arômes complexes. Certains producteurs expérimentent également des approches originales, comme la fermentation à basse température ou l’assemblage de différents terroirs japonais pour créer des cuvées uniques.
Cependant, le marché international du vin est extrêmement compétitif. Contrairement au whisky, où le Japon a su se distinguer en quelques décennies, le secteur viticole est dominé par des appellations historiques bénéficiant d’une forte reconnaissance. Les vins japonais doivent encore faire leurs preuves en termes de notoriété et de rapport qualité-prix. Pour l’instant, leur distribution reste limitée à des marchés de niche, principalement en Asie et dans certains restaurants gastronomiques européens.
Malgré ces défis, le Japon croit en son potentiel et poursuit ses investissements dans la filière. Le pays espère reproduire l’engouement suscité par son whisky et faire de son vin un produit d’exception capable de séduire les amateurs du monde entier.
Fast Company, Could this rare bean be the solution to the global coffee crisis?, 03/03/2025
Face aux défis posés par le changement climatique et la baisse de productivité des plantations de café, une solution pourrait émerger grâce à une variété rare : le Coffea Stenophylla. Ce grain, redécouvert récemment en Afrique de l’Ouest, présente une tolérance exceptionnelle à la chaleur et aux maladies qui menacent les cultures de caféiers traditionnels. Contrairement aux variétés couramment exploitées comme l’Arabica et le Robusta, qui souffrent de l’augmentation des températures mondiales, le Stenophylla prospère sous des climats plus chauds, ce qui en fait une alternative prometteuse pour les producteurs de café.
Les chercheurs estiment que cette espèce pourrait jouer un rôle crucial dans la diversification des cultures de café. En outre, ses qualités gustatives sont jugées excellentes, avec un profil aromatique proche de l’Arabica, souvent considéré comme le café de meilleure qualité. Son adaptation aux températures élevées permettrait de garantir une production stable dans des zones où le rendement du café est en chute libre à cause des conditions climatiques extrêmes.
Cependant, plusieurs défis demeurent avant que le Stenophylla ne devienne une culture viable à grande échelle. Actuellement, sa production reste marginale et les connaissances agronomiques sur cette variété sont encore limitées. Il faudra des années de recherche et d’expérimentation pour que les agriculteurs puissent l’adopter à grande échelle et que le marché puisse l’intégrer de manière compétitive.
L’enjeu est d’autant plus crucial que l’industrie du café repose sur des millions de petits producteurs, notamment en Afrique et en Amérique latine, dont les revenus sont fortement menacés par la crise climatique. Si le Stenophylla tient ses promesses, il pourrait non seulement sauver une industrie en péril, mais aussi stabiliser les revenus des producteurs et garantir la pérennité du café en tant que boisson mondialement consommée.
Forbes, First Lab-Grown Whole Cow’s Milk To Debut In The U.S., 24/02/2025
Brown Foods, une startup basée à Boston, prépare le lancement d’UnReal Milk, le premier lait de vache cultivé en laboratoire. Cette innovation vise à répondre aux défis environnementaux posés par l’élevage laitier, responsable de 30 % des émissions mondiales de méthane. Selon Brown Foods, sa méthode de production permettrait de réduire de 82 % les émissions de carbone, de 90 % la consommation d’eau et de 95 % l’utilisation des terres, tout en offrant un produit identique au lait conventionnel.
UnReal Milk est conçu à partir de cellules mammaires bovines cultivées en laboratoire, reproduisant la composition exacte du lait naturel, y compris ses protéines, matières grasses et glucides. Contrairement aux alternatives végétales ou à la fermentation de précision utilisée par des entreprises comme Perfect Day, cette approche permet d’obtenir un lait complet, transformable en beurre, fromage et crème glacée.
Fondée en 2021 par Sohail Gupta, Bhavna Tandon et Avhijeet Kapoor, Brown Foods a déjà levé 2,36 millions de dollars. En seulement trois ans, la startup a atteint un stade de validation avancé, avec des tests du Whitehead Institute du MIT confirmant que son lait possède toutes les propriétés nutritionnelles du lait de vache traditionnel.
Le secteur des produits laitiers de synthèse est en pleine expansion, mais des défis demeurent. La National Milk Producers Federation a déjà demandé à la FDA de restreindre l’utilisation du terme « lait » pour ces alternatives. Par ailleurs, l’acceptation des consommateurs reste incertaine, bien que le marché des substituts laitiers soit en forte croissance, estimé à 70,6 milliards de dollars d’ici 2031.
Avec des tests de dégustation prévus en 2025 et un lancement pilote en 2026, UnReal Milk pourrait révolutionner l’industrie laitière. Brown Foods ambitionne de produire du lait indépendamment des conditions climatiques, voire d’explorer d’autres types de laits mammaliens à des fins alimentaires et pharmaceutiques. Reste à voir si les consommateurs et les régulateurs accepteront cette innovation, qui s’inscrit dans la transformation durable de l’industrie alimentaire.
Washington Post, Is the $20 strawberry at Erewhon worth the hype? We tasted it., 04/03/2025
Erewhon, l’enseigne californienne de produits haut de gamme, fait sensation avec une fraise vendue 20 dollars l’unité. Importée du Japon, cette fraise Tochiaika de la marque Elly Amai est soigneusement emballée pour éviter toute altération. Son prix extravagant en fait un phénomène viral sur les réseaux sociaux, attirant à la fois curieux et sceptiques.
Cultivée dans la préfecture de Tochigi, surnommée le « Royaume de la Fraise », la Tochiaika est réputée pour sa douceur exceptionnelle. Son taux de sucre oscille entre 16 et 19 sur l’échelle Brix, contre 7 à 9 pour les fraises américaines. Extrêmement fragile, elle doit être manipulée à mains nues et consommée dans les heures suivant l’achat. Erewhon justifie son prix par sa rareté, son transport délicat et son goût supérieur.
Le marché des fruits de luxe est bien établi en Asie, où des melons Yubari et des raisins Ruby Roman atteignent des prix record. Aux États-Unis, cette tendance émerge avec des fraises premium comme les Omakase de Oishii ou les Tropical Bliss de Driscoll’s. Mais ce positionnement de niche soulève des questions : s’agit-il d’un produit gastronomique d’exception ou d’un simple objet marketing destiné aux influenceurs ?
Le journaliste ayant goûté la fraise décrit une douceur intense, mais une saveur peu complexe, manquant de l’équilibre acidité-sucre caractéristique des fraises locales. Si elle est délicieuse, elle ne justifie pas forcément son prix. Des alternatives comme les fraises bio de Harry’s Berries en Californie offrent une expérience gustative tout aussi satisfaisante, avec un impact écologique moindre.
Finalement, cette fraise ultra-premium illustre la fascination pour le luxe et le buzz sur les réseaux sociaux. Plus qu’un produit gastronomique, elle incarne une tendance où la rareté et l’image priment sur le goût. Si elle séduit les amateurs de curiosités culinaires, son rapport qualité-prix reste discutable, surtout dans un marché où des fraises locales de grande qualité sont déjà disponibles à des prix plus abordables.
Interfel, Bilan de consommation 2024
L’étude d’Interfel mentionnée plus haut
Les instruments de cuisine inventés par des femmes
C’est tout pour aujourd’hui.
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A la semaine prochaine!
O. Frey
J’aime beaucoup comme toujours cette sélection d’articles!